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Chaque semaine, Nova fait le tri pour vous dans les sorties en salles, et sélectionne les deux films de la semaine. Distribué par Audiomeans. Visitez audiomeans.fr/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.

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Chaque semaine, Nova fait le tri pour vous dans les sorties en salles, et sélectionne les deux films de la semaine. Distribué par Audiomeans. Visitez audiomeans.fr/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.

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French


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Lads x Alfred Hitchcock : aux origines du maître du suspens

3/31/2025
Cheval et cinéma ne galopent pas souvent sur le même terrain. Normal quand les films français regardent globalement le milieu hippique, pour une vision de comptoir, limite PMU quand il s'agissait de comédies en quête du gros lot. Lads se place comme un inattendu outsider en allant voir ce qui se passe dans les haras où l'on forme les jockeys. Le premier long-métrage de Julien Menanteau y envoie un loulou pour purge ses dernières semaines sous bracelet électronique, et trouver une réinsertion. Lads s'aventure au delà du film d'apprentissage quand s'installe à la fois la compétition pour parvenir au statut de Jockey et une immersion dans les coulisses du business des courses. Le réalisme documenté pour explorer le milieu hippique se mêle à une belle écriture de roman social via un rapport de classe entre le jeune homme issu d'un milieu prolo et la patronne du haras, bourgeoise de plus en plus décatie. Cette relation, entre affection et manipulation emmène Lads du côté des premiers films de Jacques Audiard, dont il partage originalité, rugosités et étude comportementaliste. Mais aussi don pour employer comédiens chevronnés (ici, Marc Barbé et Jeanne Balibar tous deux parfaits d'ambiguïtés) et très prometteuses pousses. Lads révélant un Marco Luraschi qui se débarrasse en quelques scènes de son statut d'enfant de la balle, car fils d'un des plus réputés cascadeurs équestres, pour se mettre en selle et s'imposer cheval sur lequel miser gagnant. Puisqu'il est question d'oeuvre de jeunesse, on a souvent tendance à oublier celles d'Alfred Hitchcock. L'incontournable maître du suspense, aura défini peu à peu ses propres codes à ses débuts au sein du studio British International Pictures, pour une première période anglaise. Le tout juste vingtenaire accompagne les grandes métamorphoses du cinéma, formelles ou techniques, notamment le passage du muet au parlant. Durant ces années 20 et 30, Hitchcock approfondit autant ses thèmes clés, autour de personnages troubles que des innovations de mise en scène. Dix films exhumés de cette exceptionnelle phase d'auto-formation, plus prolifique que pendant son exil américain, réapparaissent en version restaurées. Du Masque de cuir à Numéro 17, ce cycle se fait évident cursus, dispersant les éléments qui deviendront la marque Hitchcock. Des figures féminines au fameux concept du Mc Guffin en passant par une double-fascination pour le mélodrame et les intrigues policières ou les recoins d'une psychologie névrosée, entre perversité et refoulements, toute sa grammaire s'ébauche pour une épatante leçon de cinéma en dix étapes. Que ceux qui ne connaîtraient que les classiques du cinéaste, pourront bûcher à volonté : en parallèle d'une sortie en salle, ces films sont réunis dans un coffret blu-ray. Lads, Rétrospective Hitchcock en 10 films, aux origines du maître du suspense en salles le 2 avril. Distribué par Audiomeans. Visitez audiomeans.fr/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.

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“Aimer Perdre” : l’interview des réalisateurs

3/25/2025
Lenny et Harpo Guit font du cinéma comme d'autres font de l'art brut. Un cinéma qui ne s'encombre pas des conventions, encore moins de la bienséance, mais sait réfléchir sur l'époque. Ainsi, Armande Pigeon, la tornade au centre d'Aimer Perdre, est un personnage de son temps, une à peine trentenaire précaire qui vit de la démerde sans avoir le temps de se plier aux injonctions du quotidien. Aimer Perdre s'ouvre sur un "qu'est-ce que c'est que cette galère ?" qui résume tout. Y compris qu'Armande navigue à vue, fait au jour le jour. Les frères Guit la filme à cent à l'heure dans les quartiers de Bruxelles comme pour éviter qu'elle se noie dans sa survie. Ils s'adaptent à sa désorientation, font connecter le naturalisme des Dardenne période Rosetta, dont Armande est une cousine d'aujourd'hui, avec l'énergie du cinéma ultra-indépendant américain : fauché, mais incroyablement vivant, totalement secoué, mais tremblant d'émotions. Du cinéma percutant, porté par Maria Cavalier Bazan, phénoménale en Armande, fille à grande gueule mais au cœur d'artichaut, jamais en retard d'un plan foireux. De quoi nourrir le chaos festif d'Aimer Perdre, mais aussi de venir causer avec la fratrie de réalisateurs au micro de Nova. Aimer Perdre, en salles le 26 mars. Distribué par Audiomeans. Visitez audiomeans.fr/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.

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NO BEAST SO FIERCE X SATURDAY NIGHT

3/25/2025
De toutes les pièces de Shakespeare, Richard III est sans doute celle qui se prête la plus à une réinterprétation contemporaine. Surtout dans une époque où les despotes les plus extravagants s'arrogent de nouveau le pouvoir, où la classe politique n'est plus que coups bas entre structures claniques. No Beast So Fierce transpose donc l'éternelle lutte entre les York et les Lancaster dans la pègre maghrébine berlinoise, Richard s'appelle ici Rachida et fomente dans l'ombre un complot pour arriver au sommet de l'empire mafieux. Comme elle le dira à sa mère : "tu connais le topo, je vais le réécrire un petit peu". Burhan Qurbani malaxe donc le classique de Sir William pour y incorporer propos sur le patriarcat, l'immigration et l'empouvoirement féminin. Tout transpire la guerre dans No Beast So Fierce : de clans, de sexe, voire tout court quand même l'écho du conflit au Moyen-Orient se fait entendre via un casting composé, dans les deux rôles clés, d'actrices syriennes (Kneida Hmeidan) et palestiniennes (Hiam Abbas) qui se sont exilées de leurs pays respectifs. Qurbani leur offre un ahurissant terrain de jeu, entremêlant environnement ultra-urbain et zones désertiques, radicalité du théâtre d'avant-garde et virtuosité formelle du cinéma. De même, la langue s'hybride entre monologues shakespeariens et argot de la rue, les mots claquant encore plus forts que les séquences de fusillades. No Beast So Fierce y construit un terrassant maelström, évacuant toutes les conventions dans un sidérant dernier acte, concentré sur la colère face à une Europe sombrant dans sa face obscure, prête à toutes les trahisons de ses promesses pour régner par la peur. Le 11 octobre 1975, Lorne Michaels aura dû surpasser la trouille de sa vie pour mener à bien la toute première émission du Saturday Night Live. En cinquante ans, le show télé est devenu une institution de la télé américaine, au point qu'on ait oublié combien il fut une bascule culturelle, en faisant entrer dans les foyers une nouvelle génération de comiques, dynamiteurs des mœurs. Saturday Night fait le compte à rebours de l'heure et demie qui va précéder la mise à l'antenne de l'émission, accroché aux basques de Michaels, jeune producteur naviguant entre avaries techniques, comédiens ultra-narcissiques et mise en place des numéros. Une véritable ruche bourdonnante racontant l'Amérique du milieu des années 70 dans son énergie comme dans ses excès. Brillant dans sa manière d'incarner en quelques secondes des anecdotes sur les piliers de l'émission, de Chevy Chase à John Belushi, faire monter la pression façon cocotte-minute ou résumer les coulisses du télé-business, Saturday Night est encore meilleur quand il rappelle que plus encore qu'un programme devenu mythique, cette aventure folle fut aussi celle d'un souffle de liberté. No Beast So Fierce en salles le 26 mars. / Saturday Night en location sur Apple TV+ et Prime Video. Distribué par Audiomeans. Visitez audiomeans.fr/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.

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LA CACHE X PROSPER

3/19/2025
Mine de rien, Michel Blanc aura toujours eu une place à part dans le Splendid, ce côté de faire partie de la bande sans totalement y appartenir, d'être un peu en satellite, plus clown triste qu'autre chose. Ça se confirmera ensuite avec sa carrière solo ou ses prestations chez Leconte, Blier ou Téchiné où il tombera un peu plus le masque, pour aller un peu plus vers la mélancolie ou l'inquiétude. L'un des derniers films qu'il aura tournés, avant de mourir connement d'un choc anaphylactique, rappelle étonnamment cette dichotomie. Dans La Cache, Blanc est à la fois au centre d'un groupe, cette fois-ci une famille aussi érudite qu'excentrique plongée dans la tornade de Mai 68 et réceptacle d'une part plus sombre, par le souvenir des années d'occupation allemande et de sa persécution des juifs. Le film de Lionel Baier s'incarne aussi dans cette dualité, capable de fantaisies fantasques (jusqu'à donner une explication hilarante à la disparition de Charles de Gaulle) comme de faire surgir fébrilité ou d'inconsolables blessures d'âmes chez chaque membre de cette famille anar sur les bords. Il faut d'ailleurs saluer, au-delà de Blanc, une véritable troupe d'acteurs impeccables de nuances et demi-teintes, de William Lebghil à Domnique Reymond en passant par Aurélien Gabrielli. La Cache est d'autant plus attachant quand cette présence post-mortem de Blanc conforte le film comme une évocation des fantômes d'un passé à exorciser et d'un présent encore un peu utopique. Une dernière séquence où il transmet le sens de la vie à son petit-fils, offrant à l'acteur un émouvant post-scriptum. La Cache confirme aussi la qualité de passeur de Blanc, qui aura souvent généreusement partagé l'affiche ces dernières années avec une nouvelle génération d'acteurs. Jean-Pascal Zadi n'aura pas eu le temps d'en faire partie. Pour autant, avec Prosper, il semble marcher dans ses pas via le presque double-rôle d'un éternel loser qui se retrouve possédé par l'esprit d'un caïd du milieu des sapeurs congolais. Étonnant film combinant les genres, du fantastique au polar ou la comédie de mœurs, sans être schizophrène, Prosper tient lui aussi, dans un sens, d'une histoire de fantômes quand il sait ressusciter l'esprit des bonnes comédies communautaires des années 80, Black Mic-Mac en tête, pour le rhabiller de couleurs contemporaines fuyant le folklore ou le caricatural pour lui préférer une étude anthropologique touchant à l'universel quand il explore aussi en sous-main les rapports homme-femme. Cette improbable histoire de chaussures magiques se révélant particulièrement bien ancrée dans les pompes de l'époque. La Cache, Prosper. En salles le 19 mars. Distribué par Audiomeans. Visitez audiomeans.fr/politique-de-confidentialite pour plus d'informations.

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BLACK BOX DIARIES X THE LAST SHOWGIRL

3/12/2025
En 2015, on ne parlait pas beaucoup du mouvement #MeToo. Encore moins dans un Japon ancré depuis le confucianisme dans un moule laissant peu de place et de droits aux femmes. Cette année-là, Shiori Itō, une jeune journaliste stagiaire, pensait qu'accepter de passer la soirée avec Noriyuki Yamaguchi, le PPDA local, pourrait lui ouvrir certaines portes. Une bonne partie du Japon lui a fermé les siennes, quand elle a décidé de porter plainte contre lui pour viol. Plus encore quand Yamaguchi était un proche du premier ministre. Itō a pour autant persévéré dans sa démarche, qu'elle documente dans Black Box Diaries, récit de son combat juridique. Il tient évidemment d'une lutte façon pot de terre contre de pot de fer, aucun obstacle n'étant épargné à la plaignante, mais Black Box Diaries raconte surtout une histoire plus globale que ce cas particulier, quand Itō se retrouve en position de crime de lèse-majesté pour avoir osé révéler publiquement ce qui lui est arrivé en dépit de toutes les preuves flagrantes. Black Box Diaries reprend le fil de cette affaire à la manière d'un carnet de bord étonnant quand il se fait à la fois témoin du courage d'une femme qui ne voulait pas se taire et portrait d'une société qui commence à peine à parler. Ce cas a contribué à quelques modifications de la législation japonaise sur le viol, mais à ce stade, Itō, en dépit d'un premier procès gagné, reste vilipendée dans son pays au point de s'en être exilée. Black Box Diaries, lui, a clamé son édifiante histoire dans les quasi 160 pays où il est sorti. Sauf au Japon, où aucun distributeur ne s'est à ce jour risqué à le projeter. En 2015, Pamela Anderson est encore prisonnière de son image de bimbo. Son rôle dans Alerte à Malibu, comme sa sextape, restent les seuls titres de gloire de l'actrice, plus visible dans la presse people qu'au cinéma. Il lui faudra dix ans de plus pour trouver un rôle d'envergure. On pourrait presque parler de rôle de sa vie avec The Last Showgirl, la danseuse d'une revue de Las Vegas qui s'arrête après trente ans de représentation résonne forcément avec la trajectoire d'Anderson passée sous les projecteurs sans avoir été vue pour ce qu'elle était, au-delà de son physique. Équivalent pour elle de ce que fut The Wrestler pour la réhabilitation de Mickey Rourke, The Last Showgirl va voir derrière le miroir aux alouettes et paillettes avec une lucidité crève-cœur, autant pour raconter le prolétariat d'un show-biz décati – via une foultitude de personnages impeccablement joués notamment par Jamie Lee Curtis et Dave Bautista – que pour démontrer qu'on est passé à côté d'une comédienne de premier ordre, faute d'avoir eu la chance de trouver son John Cassavetes ou son Robert Altman. Mais aussi qu'à l'image de Shelly, cette danseuse qui croit encore à son métier ou cette séquence d'ultime audition sur fond du bien nommé "Total Eclipse of the Heart". Il est peut-être trop tard pour un come-back, The Last Showgirl indiquant tristement que les lumières ne se rallumeront sans doute plus. Black Box Diaries, The Last Showgirl. En salles le 12 mars.

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"Peaches Goes Bananas" : punk jusqu'à la moelle

3/5/2025
Il y avait sans doute une logique à ce que Peaches croise le cinéma de Marie Losier. Pas tant parce que la réalisatrice filme depuis toujours des figures singulières de la scène culturelle d'avant-garde ou underground que parce que le parcours de la chanteuse embrasse totalement la vision du monde de Losier, où la représentation physique est aussi importante que celle intellectuelle, où les corps se font revendication sociologique et politique, où la vie tient d'une expérience de tous les instants. Peaches Goes Bananas n'est pourtant pas qu'un portrait d'une artiste. Losier y a filmé pendant seize ans autant la chanteuse / performeuse sur scène que Merill Nisker, de son identité civile, en coulisses, au quotidien, pour un documentaire tenant à la fois du carnet de route rétrospectif et du journal intime, renforcé par une chronologie bousculée. Peaches Goes Bananas y mue au-delà d'une icône pour exprimer une identité féminine au gré du temps, et d'une capacité à se détacher de ses diktats, en faire un art de vivre sa vie, avec soi et les autres, en toutes libertés. Peaches Goes Bananas, en salles le 5 mars.

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MICKEY 17 X LE SYSTÈME VICTORIA

3/5/2025
On avait laissé Bong Joon-ho sur le triomphe mondial de Parasite avec une interrogation. Vers quoi aller ensuite ? Surtout quand le film "palmedorscarisé" ouvrait toutes les portes au réalisateur sud-coréen. Il a jeté son dévolu sur l'adaptation d'un livre de science-fiction américain au postulat existentiel autour d'un type lambda embarqué dans une mission spatiale où il devient cobaye de diverses expériences, son corps pouvant être cloné à volonté. Le bouquin s'intitulait Mickey 7. Bong Joon-ho l'a amplifié en Mickey 17 pour démultiplier en autant de versions et tribulations le personnage principal. C'est beaucoup trop. Surtout quand ce space opera en profite pour se ramifier en autant de pistes, démarrant comme une fable grinçante avant d'engouffrer farce satirique, suspense, et considérations écologiques. Quelque part, Mickey 17 tient d'une compilation du cinéaste, en empilant les mêmes préoccupations sociales ou morales que The Host, Snowpiercer, Okja et Parasite. Une sorte de best-of, enchaînant les morceaux de bravoure, mais finissant par tourner à vide à force d'excès, de bifurcations, mais surtout d'un trait trop épais qui biffe la trajectoire attachante de Mickey et ses doubles, pour mettre en avant un patron de la tech virant autocrate totalitaire et génocidaire. Dommage que ce rôle, sidérante fusion entre Trump et Elon Musk, perde de sa part d'avertissement prophétique en étant réduit à un caricatural méchant d'opérette. Mickey 17 avait le potentiel d'un immense film politique au vitriol, façon Starship Troopers, mais ne parvient malheureusement jamais à allumer la mèche de son cocktail molotov à force de diluer sa rogne inflammable. Il en reste quelques belles flammes, de l'interprétation parfaite de Robert Pattinson à une virtuosité formelle, mais on est loin de l'incendie espéré. Dans Le Système Victoria, c'est Jeanne Balibar qui met le feu, en DRH de multinationale qui va embobiner le chef de chantier d'une tour dans ses atours de femme fatale. S'il est très terre à terre, Le Système Victoria n'est pas si éloigné de la planète lointaine de Mickey 17 dans une même dissection d'un ordre du monde contemporain vérolé par des mécanismes d'asservissement. Qu'il passe par ceux du thriller sexuel ne le rend que plus troublant, associant jeux de pouvoir et de séduction. Après De Grandes espérances, Sylvain Desclous se confirme comme un réalisateur d'envergure, liant observation lucide et cruelle des nouveaux rapports sociaux dans toute leur complexité – ici, on parle autant transfuge de classe, que d'emprise et prédation dans les rapports Homme/Femme – et ferveur romanesque effeuillant brillamment un récit d'apprentissage balzacien. Et si Damien Bonnard épate en proie poussée à toutes les compromissions, c'est bien Balibar qui emporte le morceau, exceptionnelle en incarnation vénéneuse du miroir aux alouettes d'un capitalisme aussi sauvage que dévorant. Mickey 17 / Le Système Victoria. En salles le 5 mars.

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À BICYCLETTE X CREATION OF THE GODS II

2/26/2025
Se remet-on du deuil d'un fils ? Probablement jamais. Mais il faut essayer de vivre avec sans oublier. Matthias Mlekuz a décidé de placer ses pas dans ceux de son fils disparu. Ou plutôt de se mettre dans sa roue, en refaisant à vélo le dernier voyage effectué par Youri, de La Rochelle à Istanbul. Mlekuz, second rôle du cinéma français aussi discret que durable, embarque avec lui Philippe Rebbot, autre comédien familier, son chien et une caméra. Ce road trip funéraire aurait pu donner lieu à un home movie, un carnet de route sur le processus de deuil, de compréhension d'un geste incompréhensible. À Bicyclette est bien d'autres choses quand ce périple va se doubler de l'introspection d'une amitié, prendre le chemin d'une tragicomédie libératrice pour ces deux sexagénaires partant à l'aventure. La crainte du déballage voyeuriste s'efface vite pour cette grande vadrouille à deux, improvisée selon les cahots du parcours, les coups de blues et les fous rires, les engueulades et les embrassades. Bien sûr, le but de ce voyage est thérapeutique pour Mlekuz, mais il devient cathartique pour ces deux pieds nickelés préparés à rien. Film décidément inattendu, À Bicyclette, parvient à transformer l'impudeur de filmer sa souffrance par une mini-odyssée tout en tendresse et transcende une douleur intime en concentré d'humanité, la recherche d'une consolation en récit de transmission. Le plus émouvant n'étant pas la progression vers l'apaisement d'un père désormais orphelin de son fils, mais la conjuration de cet inextinguible chagrin par une infaillible camaraderie. À Bicyclette trouvant même une vitesse de croisière dans le mantra que s'échangent Mlekuz et Rebbot au gré de la route : "si on peut, soyons joyeux". Avec Creation of the Gods 2 : Demon Force, le cinéma chinois s'essaie à construire une route vers le public occidental. Difficile de ne pas voir dans ce blockbuster d'héroïc fantasy, un instrument de soft power pour le régime de Xi Jiping. Comme en a attesté une projection de presse affublée d'un discours d'ambassadeur, scrutée par une armada de caméras probablement chargée de rapporter la bonne parole au parti. Pour autant, il faut bien reconnaître que ce potentiel cheval de Troie commercial sait ne pas trop appuyer sur un discours propagandiste ou politique pour se concentrer sur le spectaculaire de scènes d'action ou d'un rythme digne du Seigneur des anneaux. Se payant le luxe de sous-intrigues bien écrites, évitant de bâiller devant un récit sommes toutes limité à un combat des forces du Bien contre celles du Mal, Creation of the Gods 2 parvient même à renouer avec la chair du cinéma d'aventures old school, celle qui s'est justement évaporée dans les superproductions hollywoodiennes équivalentes, toujours plus désincarnées. Plutôt maligne, cette nouvelle étape d'une volonté de conquête culturelle, s'avère efficace quand elle conjugue à la fois exotisme et reconnexion à un très plaisant divertissement populaire. À Bicyclette / Creation of the Gods 2 : Demon Force en salles le 26 février.

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"When the Light Breaks" : la douce lumière du cinéma Islandais

2/19/2025
Nova part à la rencontre de Rúnar Rúnarsson, l'une des voix les plus intéressantes du cinéma islandais sur ces dernières années. L'originaire de Reykjavik signe le génial When the Light Breaks en salle à partir d'aujourd'hui, expression de l'essence d'une communauté et la solitude des individus.

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MERCATO X BRIAN JONES ET LES ROLLINGS STONES

2/19/2025
À y regarder d'un peu plus près, la filmographie de Jamel Debbouze est un parcours cabossé. Voire un malentendu depuis le début. Portée globalement par un caractère de zébulon comique pour ses succès, elle a régulièrement été traversée d'écarts plus portés vers le drame que soient par des incursions chez les Jaoui-Bacri, voire, plus étonnamment, chez Luc Besson. Mercato confirme plus pleinement cette envie non seulement en revendiquant d'être un film "sérieux" mais surtout en laissant transparaitre en filigrane un probable inattendu autoportrait. Allez savoir, c'est peut-être la crise de la cinquantaine approchant, Debbouze devenant quinquagénaire cette année, qui a poussé ce polar dans le monde du football en bilan existentiel introspectif. Son personnage s'appelle Driss, mais c'est Jamel que l'on croit percevoir sous les traits d'un type qui vit de son art de la tchatche. Après tout, ce rôle d'agent de joueurs est sans doute assez proche de celui qu'il tient auprès de certaines recrues du Jamel Comedy Club. Idem pour l'univers des coulisses du sport, entre coups de canif ou d'esbroufe probablement peu éloigné de celles du vedettariat. Plus qu'un scénario ou une mise en scène sous influence du Meurtre d'un bookmaker chinois de Cassavetes ou plus récemment du Uncut Gems des frères Safdie, c'est cet axe d'un miroir non déformant, et l'implication évidente d'un Debbouze à l’origine même du projet qui rend Mercato intrigant. Brian Jones et les Rolling Stones propose lui aussi d'aller voir derrière les apparences. Le documentaire de Nick Broomfield rappelle que Jones fut le fondateur du groupe. La façade d'un musicien extravagant qui aura péri de ses excès s'estompe pour faire place au portrait d'un jeune homme brillant, mais tourmenté, marginalisé à la fois par Mick Jagger et Keith Richards, plus enclins à un tempérament de rock stars, et par des parents effarés que leur fils mène une vie de saltimbanque. Brian Jones et les Rolling Stones s'essaie à faire office de réparation, en rappelant qu'il a tenu la même place qu'un George Harrison chez les Beatles, souvent en retrait derrière le binôme McCartney-Lennon. Jagger et Richards sont les grands absents des interviews de ce documentaire. Que cela soit volontaire de la part de Broomfield ou parce qu'ils n'ont pas voulu y participer, cette évocation, qui n'occulte pas les démons de Jones, y gagne en volonté de faire amende honorable, et décrasse l'histoire officielle de la pop culture de sa sainte trinité sexe, drogues et rock'n'roll, pour creuser plus profond, et avec une certaine mélancolie, sur l'origine de ses âmes brulées. Mercato, Brian Jones et les Rolling Stones. En salles le 19 février.

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THE BRUTALIST X STRIP-TEASE INTEGRAL

2/11/2025
Le cinéma, c'est toujours une question de point de vue. Pour The Brutalist, Brady Corbet annonce d'emblée qu'il voit grand. La toute première image de son film est un logo oublié. Celui de la VistaVision, un format de prises de vues plus grand que le Cinémascope, élargissant l'image en faisant circuler la pellicule horizontalement. Il est né au milieu des années 50. Pas très loin de la période d'un récit suivant la reconstruction mentale d'un architecte hongrois ayant fui l’Europe nazie pour s'essayer au rêve américain. Le rêve de Corbet, acteur croisé chez Haneke, Lars Von Trier ou Bertrand Bonello, est de renouer avec le cinéma hollywoodien pour raconter, plus qu'un nouveau départ, la seconde naissance de l'Amérique, celle du capitalisme dévorant. Ce sera au travers du chantier colossal d'une mini-cité commandée à l'émigré par un richissime industriel. Plus les murs s'érigent, plus la relation entre les deux hommes se fissure, le mécène se dévoilant à la tête d'un clan familial de prédateurs. Corbet construit autour d'eux une œuvre somme, sorte de roman national américain comme il n'y en avait pas eu depuis There Will Be Blood ou le Coppola du Parrain 2. D'autant plus impressionnant que réalisé avec un budget minime, The Brutalist renoue avec le souffle épique de ces grandes fresques opératiques comme leur capacité à scruter la face sombre de la civilisation moderne. À leur manière, les belges de Strip-tease intégral font eux aussi dans la dissection de la société. Au cœur des années 80, cette émission avait transformé les codes du documentaire télé, par de saisissants portraits de spécimens humains. Pour fêter ses quarante ans, la revoilà au cinéma avec un film compilation de cinq reportages, passant les mœurs des années 2000 à la loupe. Immersion chez des influenceuses à Dubaï, une singulière famille d'écolos, un hypo-hypercondriaque ou une stand-uppeuse amatrice, Strip-tease intégral joue plus que jamais d'un effet miroir quand le point commun à ses segments est la résurgence de l'apparence et du narcissisme. Toujours sur le même modèle d'un filmage sans commentaire, cette collection d'ego-trips s'en permet pourtant un via un fil rouge menant à une estomaquante dernière partie, affirmant que l'exhibitionnisme somatique généralisé touche désormais littéralement jusque dans nos chairs. À la télé, Strip-tease intégral avait pour slogan, "l'émission qui vous déshabille". Au cinéma, elle vient de rhabiller le regard documentaire par un mélange de sidération et de compassion, sur l'ordinaire de l'époque, entre vanités et quête de reconnaissance. The Brutalist, Strip-tease intégral. En salles le 12 février.

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GOD SAVE THE TUCHE X PRESENCE

2/3/2025
Et si ce qui rendait populaire une comédie tenait de ses anomalies ? Sur le papier Les Tuche ne rentre dans aucune case, et pourtant depuis 2011 et aujourd'hui cinq films, la famille la plus décalée du cinéma français est désormais devenue une sorte de doudou du public. Peut-être parce qu'elle a un effet rassurant sur une société de plus en plus clivée. Les Tuche, eux, font toujours bloc, gardent un regard très ouvert sur l'extérieur. Ils pourraient bien même être devenus une famille modèle d'intégration, quand on y trouve un couple qui reste soudé, une grand-mère qu'on ne met pas à l'Ehpad, un fils homosexuel ou une fille mère célibataire d'un enfant métis, sans que cela ne pose aucun problème. Les Tuche c'est à la fois l'esprit Bidochon et le bon sens progressiste dans un contexte fantasque. Cette fois-ci, les voici partis à la rencontre de la famille royale anglaise dans un cinquième opus qui, mine de rien, bouscule certaines règles. God Save The Tuche, pousse en effet le curseur un peu plus loin, la chronique bienveillante de la France profonde s'ouvrant plus pleinement à des gags exogènes donnant visa aux univers des Monty Python, Nuls ou Robins des Bois (l'implication plus conséquente d'un Jean-Paul Rouve, ici devant et derrière la caméra ainsi qu'à l'écriture, expliquant peut-être cela). De quoi propulser God Save The Tuche vers un ton encore plus particulier où le fil rouge d'une intrigue n'a plus aucune importance, le récit se faisant roue libre, ravi de faire des sorties de route, d'expérimenter parfois jusqu'à l'épuisement, des vannes et situations toujours plus absurdes ou enfantines. Là où le volet précédent se perdait à essayer avec trop sérieux de raconter quelque chose autour de l'esprit de Noël, celui-ci s'assume comme pur exercice pataphysique au service d'une poésie du loufoque aussi hilarante que ronge-cerveau. À ce niveau de singularité, on peut même commencer à parler de French Tuche. La touche Steven Soderbergh tient, elle aussi, à l'envie de sortir des clous. Depuis Sexe Mensonges et Vidéo, le réalisateur américain n'a jamais cessé de contourner, désosser les codes narratifs ou de production pour des films aux airs de prototype. Avec Présence, il s'attaque au film de fantômes pour en renverser les proportions : le point de vue unique sera celui d'un spectre qui observe l'installation d'une famille dans une maison. Sans révolutionner le principe de la caméra subjective, cette idée de mise en scène immersive est brillamment orchestrée au point d'embobiner le spectateur qui ne se rend pas compte du leurre : Présence exprime avant tout une famille disloquée, aux membres de plus en plus éloignés les uns des autres, rassemblés uniquement par une maison aux fondations plus solides que les leurs. Décevant pour ceux qui s'attendraient donc à un pur film d'épouvante, Présence sait cependant faire parcourir un véritable frisson : celui d'une inattendue mélancolie en assurant que les vertus rassurantes du Home Sweet Home cher aux américains sont devenues fantomatiques, ne peuvent plus protéger les cellules familiales des barreaux d'une crise de civilisation. God Save The Tuche, Présence. En salles le 5 février.

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Rencontre avec Henzo Lefevre, directeur du festival international du film politique de Carcassonne

1/28/2025
La semaine dernière se tenait à Carcassonne la 7ᵉ édition du festival international du film politique. Les salles furent pleines, les débats nourris. Soit un franc succès, comme en atteste ses plus de 20 000 spectateurs sur une semaine de projections, mais aussi de vraies questions quand cette édition s'est tenue dans un contexte où les diverses instances sont en train de sabrer les subventions à la culture. Henzo Lefevre, le directeur de ce festival, revient sur ces points dans une interview forcément... politique.

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UN PARFAIT INCONNU X COMPANION

1/28/2025
Quand y'en a plus, y'en a encore. À peine une semaine après la sortie de Better Man, le biopic musical remet une pièce dans le jukebox avec Un parfait inconnu, consacré cette fois-ci à Bob Dylan. Il faut dire que celui qu'on a surnommé le Rimbaud du rock est une belle matière à histoire, entre son importance dans la musique américaine, sa part de caméléon, passé des guitares acoustiques du folk à celles électriques du rock ou une mythologie que cet électron particulièrement libre s'est lui-même crée. Elle avait déjà donné lieu à une première évocation avec I'm Not There, fascinant film aux airs de portrait chinois que lui avait consacré Todd Haynes. Un parfait inconnu est bien plus rectiligne, voire trop. Ça a l'avantage d'éviter les habituelles lourdeurs psychologiques qui tambourinent et bourrinent les biopics. Mais aussi l'inconvénient d’intéresser essentiellement un public qui connaîtrait déjà le barde folk. Un parfait inconnu se limite donc souvent à une parfaite reconstitution du New York des années 60 ou a un déroulé des amours tumultueuses, virant à un ennui poli. Il est heureusement évacué lors de séquences musicales, saisissantes quand Timothée Chalamet interprète en son-direct des chansons, dont la magnificence s'impose. Le fan-club de l'acteur devra pourtant s'incliner devant une autre prestation, celle d'Edward Norton, encore plus impeccable en Pete Seeger, mentor de Dylan et autre figure phare de la folk américaine, sombrée elle dans l'oubli, au point d'en avoir fait le malheureux inconnu de cette histoire. Si Un parfait inconnu laissera ses spectateurs sans secrets sur les jeunes années de Dylan, Companion doit lui garder les siens pour pouvoir être pleinement apprécié. Difficile donc de révéler les multiples retournements d'un étonnant film, déguisant le temps d'un week-end à la campagne l'ère #MeToo et ses dénonciations du patriarcat sous les traits d'une rom-com acidulée. Tout juste peut-on révéler qu'il tient à la fois d'un héritage de certains romans d'anticipation satirique des années 70 tout en confirmant la passionnante gamme de films féministes n'ayant pas peur de pousser une gueulante, apparue ces dernières années. Jusque-là, de Don't Worry Baby à Blink Twice, bides immérités, elle était passée trop inaperçue en dépit de réelles qualités d'écriture et d'ambitions de mise en scène. En poussant le bouchon un peu plus loin comme en s'annonçant littéralement comme un nécessaire reboot social du cinéma hollywoodien grand public, Companion, film aussi malin que ludique, pourrait bien lui offrir enfin une visibilité essentielle. Un parfait inconnu / Companion. En salles le 29 janvier.

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BETTER MAN X VOL À HAUT RISQUE

1/22/2025
Est-ce qu'on en finira un jour avec les biopics de chanteurs ? Visiblement non. Pour preuve, l'arrivée cette semaine sur les écrans de Better Man consacré à Robbie Williams. Pour tout dire, on en bâillait d'avance, peu convaincu par l'idée de revenir sur le parcours de l'ex-membre de Take That, de son enfance à sa starisation ou ses heures de bad boy faisant la une des tabloïds. Pour autant, un détail rendait ce cas singulier : Williams y est portraitisé sous les traits d'un singe en image de synthèse. Pourquoi cette idée farfelue ? Même si Better Man est narré par Williams lui-même, la chose ne sera jamais explicitée, si ce n'est au titre d'une exubérance de plus. Si elle est minimisée par un scénario suivant à la lettre les règles de son registre (en gros un traumatisme global lié au manque de considération de Williams par son père ou le passage obligé d'un gros chagrin quand sa mamie adorée meurt), Better Man n'en reste pas moins à part dans l'univers des biopics musicaux, en n'ayant pas peur - à l'inverse des ultra-platounets Bohemian Rhapsody (Freddie Mercury) ou One Love (Bob Marley), pour ne citer qu'eux - d'une franche créativité lors de numéros musicaux dantesques. Les tubes de Williams, comme "Rock DJ" ou "She's the One" donnent lieu à des scènes délirantes, préférant les sommets graphiques des plus spectaculaires comédies musicales au déroulé usuel d'un récit connu d'avance. À l'image d'une phénoménale séquence de concert se transformant en bataille médiévale façon Seigneur des Anneaux autour de "Let Me Entertain You", Better Man, film étrange, a le mérite d'être souvent un show des plus divertissant. S'il y a une personnalité qui aurait bien de quoi nourrir un bon biopic, c'est bien Mel Gibson, star ultra-populaire dans les années 80 et 90, devenu paria suite à des déclarations très problématiques. Elles avaient fait oublier que Gibson est aussi un réalisateur particulier, alignant Braveheart, modèle de film historique épique, La Passion du Christ, biopic gore en araméen de Jésus ou Apocalypto, extraordinaire survival chez les mayas. Il n'est pas improbable qu'une mauvaise réputation acquise ait empêché Gibson de se lancer désormais dans des projets de la même ampleur. Il réapparait aux commandes de Vol à haut risque, thriller en huis clos ressuscitant, jusque dans son titre, le cinéma d'action américain des années 90. Soit le décor quasi unique d'un avion de tourisme embarquant une agent du FBI, un témoin à protéger et un tueur à gages chargé de les éliminer. Un exercice de style inattendu pour un réalisateur qui privilégiait jusque-là les grands espaces et l'emphase pour s'enfermer dans la carlingue étroite d'un coucou. De quoi privilégier un trio d'acteurs – surtout Mark Wahlberg, inattendu en tueur aussi dégénéré que survolté, s'en donnant à cœur joie. Vol à haut risque tenant de la voltige économique en étant totalement déconnecté du marché actuel, plus proche de l'altitude du haut du panier des séries B qui sortent directement en vidéo ou sur les plateformes de VOD que de celles des blockbusters en pilote automatique. Ce qui en fait pour autant une curiosité marrante, agréable trou d'air dans la routine des sorties, façon plaisir régressif devant une séance de cinoche à l'ancienne, nerveux et efficace. Et dans des fauteuils plus confortables que celle des soirées vidéo-club d'antan d'où ce sympathique thriller semble exhumé Better Man / Vol à haut risque. En salles le 22 janvier.

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MALDOROR X BABYGIRL

1/16/2025
Demandez à n'importe quel Belge quel reste l'évènement récent qui a le plus marqué le pays, il y aura de fortes chances pour qu'il réponde l'affaire Dutroux. Du nom de celui qui enleva et séquestra une dizaine d'enfants dans les années 90, en assassinant certains. Un cas resté un traumatisme national, notamment dans les errements de son enquête, ayant révélé un système policier et judiciaire défaillant, puis mené à sa profonde réforme. Quasiment trente ans plus tard, Fabrice Du Welz rouvre cette plaie, autour de l'enquête d'un jeune gendarme sur la disparition de deux gamines, qui va virer à l'obsession. Au-delà de cette traque, Le Dossier Maldoror est un récit étonnamment intime de la dévoration d'un idéaliste, à l'âme rongée par sa quête. De Calvaire à Inexorable, Du Welz a souvent filmé des personnages borderlines, mais prend ici de l'ampleur pour ausculter ce qui est devenue une névrose collective. Le Dossier Maldoror sera donc une saga qui se déploie autour d'une société, racontant, bien plus que l'affaire Dutroux, une identité belge, de la solidarité de plusieurs générations d'immigrés à la honte de n'avoir pas pu voir ce qui se tramait dans les maisons d'à côté, ou aux vestiges d'une ville comme Charleroi, un temps parmi les plus riches du pays, désormais dévastée par la précarité. Le Dossier Maldoror déborde alors brillamment du cadre prévu, quittant les rives des grands films somatiques d'enquête (comme Zodiac, repère ici clairement assumé), pour aller ailleurs. Par exemple le temps d'une extraordinaire scène de mariage, ou d'autres scènes immersives qui se rapprochent du travail de sédimentation d'un Michael Cimino, en prenant le temps de raconter comment un tel fait divers contamine une population entière. Voire, par la galerie de protagonistes directement liés à Dutroux, devenir une perturbante étude du Mal ordinaire et de sa complexité. Elle est confirmée par le titre du film - dans la réalité, l'opération policière avait pour nom Othello - citation des Chants de Maldoror, texte du poète surréaliste Lautréamont où l'on pouvait lire le résumé le plus évident du fond de ce film cherchant ce qu'il peut rester de lumière dans la plus grande des noirceurs : "il est beau de contempler les ruines des cités ; mais, il est plus beau de contempler les ruines des humains !" Dans Babygirl, c'est Nicole Kidman qui se retrouve en ruines. Ou du moins son personnage de PDGère d'une boite de new tech de plus en plus troublée par un stagiaire qui l'initie à des jeux sexuels autour de rapports de domination. Annoncé comme une intrigante version cérébrale de thriller érotique, Babygirl est plus émoustillant dans ce qu'il cache derrière sa culotte : une vision au scalpel d'un monde contemporain où le capitalisme et ses enjeux de pouvoir seraient devenus une forme de frigidité ayant pris le dessus sur les corps. Cette veine politique palpite malheureusement moins qu'une intrigue planplan de trahison conjugale, quand ce n'est pas le frein à main qui est mis sur tout ce qui touche aux pulsions SM pour s'aseptiser autour d'un propos basique sur les valeurs du consentement. Plus intéressante, la performance de Kidman, en patronne et épouse découvrant que se laisser submerger par ses désirs est plus épanouissant que d'être en permanence dans le contrôle. Une piste intrigante qui s'évanouit toutefois quand Babygirl tend toujours plus vers un remake inversé (cette fois-ci c'est l'épouse qui s'aventure dans la transgression), y compris donc dans le casting de Kidman, d'Eyes Wide Shut, pour arriver à la même conclusion ultra-conservatrice d'un retour au foyer et d'une mise sous le tapis de tout ce qui pourrait déranger la norme conjugale. Le Dossier Maldoror / Babygirl. En salles le 15 janvier

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Avec “Personne n'y comprend rien”, Yannick Kergoat veut nous faire tout comprendre

1/8/2025
Ce 6 janvier s'est ouvert un procès aussi important que peu ordinaire. Il porte sur le possible financement de la campagne de Nicolas Sarkozy pour l'élection présidentielle de 2017, par Muammar Khadafi. Pendant plusieurs années, Médiapart a enquêté sur ce qui serait un des plus grands scandales d'état. Après plus d'une centaine d'articles, ainsi qu'une bande dessinée, un film, Personne n'y comprend rien, remet en mémoire la chronolgie des évènements. Il est signé Yannick Kergoat, précédemment réalisateur des Nouveaux Chiens de garde, documentaire sur les rapports entre médias et pouvoir ou de La (Très) Grande Évasion sur un autre cas vertigineux, celui de l'évasion fiscale. Personne n'y comprend rien joint ces deux axes en étant autant le récit d'une affaire parmi les plus folles que de la manière dont aujourd'hui, le journalisme s'en empare. Personne n'y comprend rien. En salles le 8 janvier.

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BLOCKBUSTERS INDIENS X LA CHAMBRE D'À CÔTÉ

1/6/2025
C'est officiel, le cinéma en salles en France se porte bien. Le bilan annuel du CNC en atteste avec l'annonce de 181,3 millions d'entrées pour l'année 2024. Soit une reprise post-Covid dépassant toutes les espérances. Avec en bonus une pleine forme pour le cinéma français dont la part de marché surpasserait celle de l'américain. Tout juste si on ne s'autosacre pas champion du monde, en étant l'un des pays à la production locale la plus performante. A priori, les choses devraient même se renforcer au vu d'un agenda de sorties 2025 chargés en succès potentiels. La double hégémonie des films français et américains pourrait toutefois connaître des secousses. Depuis quelques années, le cinéma populaire indien tente une percée sur notre marché, avec un succès grandissant, au point que cette semaine, pas moins de sept films débarquent sur les écrans. Mélo ou film d'action, Polar ou comédie romantique, c'est autant une vitrine spectaculaire qu'une opération blitzkrieg, d'autant plus forte qu'elle a lieu à un moment où le cinéma indien est lui-même en train de bouger, d'un savoir-faire technique de très haut niveau à une part organique délaissée par les blockbusters US de plus en plus désincarnés, les films issus de Kollywood (la région de Madras) et Tollywood (celle d'Hyderabad) ont pris la main. Certains réalisateurs, comme Nikil Nagesh Bhat dont le Kill sorti ici l'été dernier, bottait sérieusement le cul à tous les John Wick ou S.S Rajamouli, tout auréolé du triomphe mondial de R.R.R jusqu'à avoir toqué à la porte des Oscars en 2023, sont déjà perçus comme l'égal d'un Spielberg ou d'un James Cameron. De Vanangaan à Game changer, il n'est pas dit que l'imposante salve de cette semaine inclue un tel phénomène, mais elle reste signe d'un mouvement qu'on ne peut plus négliger, ouvrant une aussi prometteuse que nouvelle Malle des indes. Mouvement aussi du côté de Pedro Almodóvar qui franchit l'Atlantique pour aller tourner son premier film en langue anglaise. La chose le titillait depuis que Femmes au bord de la crise de nerfs l'avait fait remarquer aux USA. Celles de La Chambre d'à côté sont en crise de conscience, lorsque la meilleure amie d'une romancière réapparait dans sa vie pour lui demander de l'assister dans son suicide programmé. Peut-être est-ce que parce que l'euthanasie est légalisée depuis 2021 en Espagne que le réalisateur est parti ailleurs pour aborder le sujet. Mais aussi en faire un film étonnamment paisible, sans doute trop, laissant les clés à un fantastique duo d'actrices, Julianne Moore et Tilda Swinton. En matière d'écriture ou de mise en scène, La Chambre d'à côté est en conduite automatique, noyé dans une déco glamour ou rien ne dépasse, obstacle à toute l'émotion nécessaire. Lit mortuaire trop bordé, sans un pli sur ses draps, cette chambre est un élégant salon d'esthète, qui confond toiles de maitres et copies, certes bien exécutées des tourments bergmaniens ou des teintes mélo d'un Douglas Sirk, mais qui manque terriblement d'âme pour raconter comment les proches des défunts continuent à respirer une fois leur dernier souffle rendu. Au point que l'on ait envie d'aller sur la pointe des pieds refermer la porte sur cette rutilante, mais impersonnelle parenthèse américaine. Nessipaya, Rekachitaram,Vanangaan, Daaku Maharaaj, Identity, Vidda Muyarchi, Game changer / La chambre d'à côté. En salles le 8 janvier.

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AU CŒUR DES VOLCANS X NOSFERATU

12/20/2024
L'idée d'un volcan est celle qui peut s'associer le plus au cinéma de Werner Herzog. Depuis le début des années 70, ce cinéaste allemand n'a cessé de signer des films en ébullition, que ce soit dans leurs sujets ou leur conception, transformant leurs tournages en épopées épiques ou conflictuelles, pour un résultat tumultueux, à la fois lyriques et intérieurs, démesurés et philosophiques. Soit un cinéma aux allures de lave en fusion, incandescent, dangereux et inarrêtable. Ce magma qui gronde depuis plus de cinquante ans devait en toutes logique croiser les aventures de véritables vulcanologues. Ce sera Katia et Maurice Krafft, un couple qui se sera baladé sur la planète jusqu'à trouver la mort lors d'une expédition au Japon en 1991. Ils avaient laissé derrière eux près de 200 heures d'images, Herzog les a décortiquées, réassemblées pour le bien nommé Au cœur des volcans, requiem pour Katia et Maurice Krafft, portrait qui tient plus d'une course que d'un biopic, tant les Krafft semblent y échapper à un funeste destin, quand ils embarquent en bateau quelques minutes avant une éruption en Indonésie où réchappent de justesse d'un nuage toxique provoqué par une autre en Alaska. Herzog rendant tout autant compte de la manière dont leur filmage des volcans évolue, capturant la beauté hypnotique des volcans en actions comme leurs conséquences sur la nature et les populations environnantes. Mais tout autant la dévotion des Krafft à une curiosité qui les aura menés jusqu'à la mort, par envie d'aller au plus près de la lave, jusqu'au sacrifice. C'est probablement cette combinaison entre héroïsme vain et inconscience suicidaire qui a convaincu Herzog de s'attaquer à ce film fou par ses images comme par les fascinantes personnalités nourrissant une seule et même fournaise. L'écho d'Herzog se retrouve forcément dans une nouvelle version de Nosferatu, qui sera en salles la semaine prochaine. En 1979, le réalisateur allemand s'était attaqué à un remake du classique de Murnau, lui-même inspiré du Dracula originel, celui écrit par Bram Stoker. Robert Eggers y revient avec la même idée d'en extraire non pas l'essence horrifique, mais celle romantico-sexuelle via l'emprise fiévreuse du vampire sur une jeune femme. Chez Herzog, c'était Adjani qui lui donnait corps, dans cette nouvelle version, c'est une phénoménale Lily-Rose Depp, sous claire influence de l'actrice française, notamment lors d'impressionnantes séquences de transe. Quoiqu'il soit encore présent via la performance hantée de Willem Dafoe en Van Helsing du jour, on pourra cependant regretter le sens du chaos qui possédait les films précédents d'Eggers, de The Lighthouse à The Northman, son Nosferatu, bien moins furibard, n'en reste pas moins un formidable conte gothique d'hiver pour adultes, par sa collection de somptueuses images, parfaite galerie de tableaux animés ou sa trajectoire vers un mélancolique final tragique, qui, contrairement à son décevant vampire, manquant étonnamment de mordant quand il n'est résumé qu'à une silhouette, a tout pour devenir mémorable. Nosferatu, en salles le 25 décembre / Au cœur des volcans : Requiem pour Katia et Maurice Krafft, en salle le 18 décembre

Duration:00:02:59

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LES FEMMES AU BALCON X VINGT DIEUX

12/10/2024
En septembre dernier, Noémie Merlant tenait le rôle principal d'Emmanuelle, film qui, plus qu'une revisite du classique du cinéma érotique, s'essayait à redéfinir l'érotisme, autour de la notion de désir. Trois mois plus tard, l'actrice revient avec son second film de réalisatrice, lui aussi taraudé par cette question, mais sous un angle opposé. À l'inverse de la glaciation d'Emmanuelle, Les Femmes au balcon s'échauffe via une bande de trois copines qui en pincent pour un voisin dans l'immeuble d'en face qu'elles ne cessent de mater. Avant même qu'elles ne le rencontrent, Merlant s'est emparée de la question du regard posé sur les femmes pour le retourner, se le réapproprier. Les Femmes au balcon est un film qui en met plein la vue, par l'audace de son mélange des genres, de la comédie loufoque au gore en passant par le drame. Mais aussi dans son rapport au corps féminin, ici dénudé pour le désacraliser, recentrer le quotidien de ses trois personnages autour de lui et l'exfiltrer des violences sexuelles auxquels les hommes peuvent le soumettre. Merlant en profite pour déshabiller le cinéma de ses conventions et le faire respirer à l'air libre. Les Femmes au balcon et son trio fantasque et fantastique – Merlant donc, Sanda Codreanu et Souheila Yacoub – y trouvent la possibilité de se lâcher, dans tous les sens du terme, pour une très joyeuse célébration de la sororité comme un endroit de tous les possibles, de la consolation à la jouissance en passant par l'affirmation de soi. Si Les Femmes au balcon a tout pour faire parler de lui, l'autre sortie de la semaine veut faire tout un fromage. Littéralement, quand dans Vingt dieux, Totone, un fils d'agriculteur plus porté sur les fêtes de village que sur la ferme familiale, décide, pour la sauver, de se lancer dans la fabrication d'un Comté pour remporter un concours agricole doté d'un beau magot. Le premier film de Louise Courvoisier fait mijoter dans son chaudron naturalisme à la Pialat et bienveillance humaniste d'un Ken Loach. Vingt dieux est à la fois brut de décoffrage et nourri d'une tendresse pour ses personnages plus nature que pittoresque, ou l'intime est filmé en scope, les stéréotypes effacés par la franchise. Y compris dans le regard sur le monde paysan d'aujourd'hui, ses souffrances et ses transformations. Splendide film d'apprentissage du métier comme de la vie, peaufiné dans ses moindres détails, Vingt dieux tient de la noblesse de l'artisanat et du travail manuel. Les Femmes au balcon / Vingt dieux. En salles le 11 décembre.

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